NDLR. De façon troublante, un article de Li Monde datant du mois d'août 1994 abordait déjà le sujet mais avec une bien meilleure plume. La préoccupation n'est donc pas neuve tout comme la maladie commémorative. L'article en question est réédité à la page "vintage".
Il y en a pour tout l'égout.
RTBF - RTL-TVI - M6, ETC, ETC,... Difficile de recenser toutes les émissions culinaires, montrant de la tambouille à profusion, des plats pléthoriques et des petites sauces à la grosse louche, tant il y en a sur toutes les chaînes.
On s'étonne que la population soit en surpoids et qu'à travers le monde l'obésité fait aujourd'hui plus de victimes que la malnutrition. Mais cela n'a rien d'étonnant au vu de la quantité d'images roboratives consacrées à la bouffe.
 
Rien qu'à la RTBF, on doit friser le trois millième épisode de "Un gars un chef" avec les imbuvables Adrien Devyver et Gérald Watelet. Mais que vient faire cet ancien couturier en cuisine?
Quel pitié! Je me demande jusqu'à quand on va nous les resservir ces deux-là. J'ai l'impression que bientôt leurs émissions nous montreront comment préparer le gruau d'avoine, les yaourts, les soupes passées, le haché menu et la purée de pomme de terre, bref les produits de cantine des homes de vieux et des sans dents.
 
Et je ne vous parle pas de ces émissions concurrentes et acharnées où des futurs chefs se battent comme des coqs pour décrocher la timbale.
Là, c'est encore pire. Car si la partie de cuisine de nos deux compères ertébéens se passe dans une relative bonne humeur et bonhommie quoique un peu indigeste, des inepties telles que "Top chef " sur RTL-TVI et "Cauchemar en cuisine" sur M6 vous laissent une fameuse arête en travers de la gorge. Ici, c'est de la compétition à couteaux tirés, de la concurrence en batterie, du stress à gogo, une vraie boucherie médiatique, soit tout ce qu'il faut pour vous gâcher un repas. Alors que manger devrait être un vrai plaisir de la vie, ces connards en arrivent à vous donner des hauts-le-coeur, des nausées, et finalement l'envie de rendre gorge.
 
Il faut parfois prendre des mesures tranchées mais nécessaires pour le bien-être des téléspectateurs et apporter son grain de sel dans la vie télévisuelle. C'est pourquoi, Li Monde préconise d'interdire ce genre de navets pour atteinte au bonnes moeurs, incitation à la débauche et usage de veaux.
 
En attendant, si ce menu télévisé provoquent des remontées acides et nous rappelle un film pas très ragoûtant des années 70 avec Noiret et Picolli, on peut toujours opter pour la diète. Après-tout, ces émissions se regardent à volonté, c'est-à-dire qu'on garde aussi la possibilité d'appuyer sur la touche "off".
 
Ça vous a plu?
13 août 1996
BELGIQUE. Je suis désolé. Je commençais seulement à oublier. Ma vie n'était plus tourmentée par ce qui s'est passé ce 13 août 1996. J'en demande pardon à la mémoire collective mais parfois la possibilité de vivre est à ce prix, elle est au prix de l'oubli indispensable et salvateur.
 
En son temps, Brassens chantait "le vingt deux septembre". Nous, on sentait tout ce que ce moment avait eu de pénible dans sa vie et tout le malheur qu'il en était résulté des années durant. Mais le temps en s'écoulant comme les couplets d'une chanson aide et effacer les peines. Alors en guise d'épilogue, il nous confiait: "Le vingt deux septembre, aujourd'hui, je m'en fous". Car vient un moment ou l'existence tient à ce je-m'en-foutisme et à l'oubli qui le permet. Point de salut sans lui, point de vie sans ce drôle de pli.
 
Alors pourquoi, faut-il que ces affreux média nous replongent systématiquement dans l'horreur. Pourquoi se sentent-ils obligés de nous rappeler les heures noires, les atrocités glaucques, les malheurs locaux ou planétaires? Pourquoi commémorer sans cesse ces tristes anniversaires? Les souvenirs ranimés et ruminés, sont aussi détestables que l'événement l'original.
Ils nous lancent à la figure le devoir de mémoire. Moi, je ne suis pas sûr du bien fondé de cette idée. Car cet effort de mémoire, il existe pour tout le monde. A commencer par le côté le plus sombre, le plus obscur. Comment expliquer aujourd'hui la résurgence les mouvements d'extrême droite, des fronts nationaux, des intégrismes et fascismes de tous ordres, s'il n'y avait pas, là aussi, ce foutu travail de mémoire?
 
Pour ne pas vous indisposer, je ne vous rappellerez pas ce qui s'est passé ce 13 août 1996 (1). Je sais que la situation est ambigüe mais un conseil: n'allez pas chercher à savoir. Cela ne vous rendra ni meilleur, ni plus heureux, au contraire. Alors à quoi bon(2).
 

(1) Non, ce n'est pas la tragédie du Bois du Cazier qui date du 8 août 1956 et que vous pouvez revivre sur place. Prix d'entrée: Adulte, 7 €, Senior, 6 €. Jeune - de 18 ans et étudiant, 4,50 €. Enfant - de 6 ans, gratuit.
 
(2) On citera Balzac pour conclure: "Affreuse condition de l'homme, il n'y a pas un de ses bonheurs qui ne vienne d'une ignorance quelconque."
Pathologie commémorative
et devoir d'oubli
Burps !
Les omissions culinaires
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SEPTEMBRE 2016