Qu'il s'agisse des 3Suisses, de La Redoute ou de H&M... on retrouve constamment la même logique de présentation des vêtements pour femme, pour homme et pour enfant.
Tout d'abord, comme d'habitude, monsieur est galant et laisse madame passer en premier lieu. En dernier lieu, et c'est dans la logique des choses, viennent les marmots.
 
On rencontre une autre systématicité dans tous les catalogues de mode. Celle montrant madame qui se découvre tandis que monsieur se couvre. Oui, madame se déshabille, depuis le manteau en fausse fourrure jusqu'au string alors que monsieur s'habille du caleçon jusqu'à la veste polaire.
 
Pour expliquer ce phénomène il nous faudrait un Roland Barthes et ses "Mythologies". Hélas il est décédé tragiquement pour avoir ignoré un feu rouge, ce qui est un comble pour un sémiologue. Mais soit, il m'aurait certainement prêté sa casquette, je vais donc la mettre un instant.
 
Dans le cas qui nous occupe, Roland nous aurait expliqué que le vêtement féminin, porté davantage sur la séduction et par séduction, en se retirant au fil des pages se fait éminemment aguicheur. Tandis que le vêtement masculin en avançant dans sa séance d'habillage, se fait, quant à lui protecteur.
 
Connaissant feu mon ami, je suis sûr qu'il aurait été plus loin dans l'analyse sémiologique de la situation.
Il y aurait vu les archétypes d'une société moderne, sexiste et machiste dans laquelle le striptease existe toujours et reste une activité essentiellement réservée aux femmes. Cataloguant ainsi les deux sexes dans des registres biens définis comme le font, par ailleurs, tous les magazines féminins et masculins.
 
Il n'a l'air de rien notre catalogue de mode mais c'est toujours une belle grosse brique pleine de trésors sociologiques pour ceux qui aiment ça, bien sûr. Tiens Roland, je te rends ta casquette. Merci beaucoup...
 
...Oui mais attend Roland, tout ça c'était vrai à ton époque, du temps du bon vieux catalogue en papier ringard. Aujourd'hui, avec le Net, ce n'est plus la même chose. On est quand même devenu beaucoup moins sectaire, moins pervers et plus du tout voyeur, non?
Les vieux catalogues en papier
sont devenus nettement plus Net.
Fragment d'un tableau de Jackson Pollock.
Roland Barthes coiffé pour l'occasion d'un accessoire de mode qu'il n'a jamais porté.                         
Essai consumériste
NDLR. En prévision de l'Euro 2016 de football qui va nous gonfler pendant de nombreuses semaines, il n'y a pas de sport ce moi-ci dans Li Monde. C'est la trève avant la transe, le calme avant la calamité.
Petite sémiologie du catalogue
de mode
Essai barthésien
GRANDE SURFACE. Vous le savez comme moi, en principe tous les produits ont un nom. Il est indiqué en grand sur la face principale et en plus petit sur la face opposée dans la composition et le mode d'emploi. C'est le cas des moutardes, Ketch-up, cornichons, etc... Pourtant il en est un qui déroge à la règle et fait exception dans le monde pourtant bien huilé de la grande consommation. Et comme il n'a pas de nom, il est difficile de le désigner. Disons quand même qu'il s'agit de la mayonnaise allégée. Oui, regardez bien, il n'est pas indiqué "mayonnaise", il n'y a même aucun mot pour dénommer ce produit à part "Light". Cependant nous savons d'instinct qu'il s'agit de mayonnaise. Simplement parce que la photo et le bocal sont en tous points identiques à ceux de sa sœur plus "Fattish". Corollairement, cela signifie aussi que nous sommes vachement bien conditionné par l'image et le conditionnement. Maintenant que nous savons que c'est de la mayonnaise nous comprenons très vite qu'elle est allégée parce que son couvercle est d'un bleu assez clair (je reviendrai sur ce code couleur un plus loin). Et cela se vérifie pour Calvé, Devos-Lemmens, Effi et consort.
 
Il faut savoir que si le mot du produit a été effacé, c'est pour une bonne raison gouvernementale. En effet, une loi interdit d'appeler mayonnaise un produit qui ne contient pas au minimum de 7,5% de jaune d'œuf et de 80% de matières grasses, ce que ne recèle pas la version allégée. Notons que cette loi qui s'appelle "loi mayonnaise" est dès lors en infraction avec elle-même. Mais cette raison de l'éviction d'un terme explicatif sur l'emballage, n'en est qu'une demi, l'autre moitié provenant sans doute d'un déficit d'imagination, allégée elle aussi. Car on aurait pu appeler la mixture Onnaise ou Mayonna. Mais non! Rien du tout!
 
Comme je le disais plus haut, la référence immédiate à un produit light et la perception de ce produit comme tel par la couleur bleu ciel du couvercle interpelle. Il en va de même pour les autres contenants dont le, chapeau indique le degré de matière grasse du contenu.
Pour la plupart des produits laitiers et ses dérivés, le rouge est l'indicateur du produit le plus complet et partant le plus riche en graisse, le vert étant une demi mesure, et le bleu, la version écrémée jusqu'à la lie.
Et pour ceux qui ne font pas leurs courses eux-mêmes, je précise que la crème fraiche à capuche rouge avoisine 30%, la verte 15 à 20% et la bleu 5%. Dans ce dernier cas l'appellation crème est évidemment fallacieuse.
 
Ces références couleurs sont intéressantes à plus d'un titre. Car objectivement, rien ne lie la couleur choisie au produit. En soi, le rouge n'est pas plus gras ou plus lourd que le vert ou le bleu. N'empêche, par on ne sais quel apprentissage inconscient nous avons assimilé ces informations dans une case juchée au-dessus de notre néocortex. C'est, sans doute ce qu'on appelle l'intégration d'un code. Il faut se rendre à l'évidence, les couleurs font ici office de langage. Tout comme la langue française où le mot chaise, n'a rien à voir avec l'objet qu'il désigne, le signifiant étant clairement dissocié du signifié. C'est ce que Ferdinand de Saussure appelait l'arbitraire du signe. (C'est chiant mais instructif, comme toujours).
 
Petit souci, la démonstration concernant des pots de mayonnaises ne s'applique pas à nos potes politiciens. Ce n'est plus la même sauce. Les couleurs des partis politiques elles, ont une signification qui renvoie à une réalité vraie, passée ou actuelle. Les couleurs ne servent plus de langage mais de parole, fondatrice des mythes puisque nous sommes ici dans le monde des belles paroles. Cependant, pour le sémiologue en herbe, l'analyse des couleurs politiques mérite aussi le détour.
 
- Le rouge des socialistes et communistes encore vivants rappelle les bains d'hémoglobine des révolutions populaires d'antan, et d'avant qu'il n'accèdent au pouvoir.
- Le vert, est la teinte de l'écologie mignarde et gentillette au bon goût de la nouvelle terre sainte et qui fait référence à chlorophylle florale de la mère nature.
- Le bleu des MR est ici un double bleu. D'abord, celui du sang de la même couleur, c'est-a-dire, les nobliaux, aristos, parfois crétins issu de la consanguinité, et nombreux au sein de ce parti. Ensuite, la panoplie de ceux pour lesquels la politique est à eux et qui veulent y voir que du bleu, expression signifiant ne s'apercevoir de rien, n'y rien comprendre. Et cela, on l'a bien vu dans quelques dossiers récents dont ils étaient en charge.
- Ensuite il y a le jaune safran CDH tirant à boulet rouge sur l'orange. La couleur de l'infidélité de Judas, un transfuge CDH de jadis et de Ganelon, traitre à Roland et à Charlemagne. Le sacré Charlemagne, celui qui a inventé l'école, l'éducation publique et son ministère que vient de quitter la traitre Milquet, démasquée dans une sombre histoire d'emplois au noir.
 
Y a pas a dire, les couleurs, c'est tout un monde. Faut pas s'étonner qu'avec elles, devant leur chevalet, certains finissent par s'emmêler les pinceaux.
Le produit sans nom
et les codes couleurs
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Article de niveau 7 sur l'échelle de la rigueur
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MAI 2016