Il y a quelques temps, une connaissance m'a dit: "tu dois toujours rester positif, il le faut." Depuis lors, je ne la connais plus très bien. Je n'en peux rien, je ne supporte pas l'impératif et les injonctions. Et puis, j'ai une aversion particulière pour les verbes devoir et falloir. Enfin, je ne suis pas du tout d'accord avec cette assertion. Oui, cela fait beaucoup de griefs pour une petite phrase de huit mots.
Mais pourquoi? En vertu de quel raisonnement et de quelle vérité faudrait-il être absolument positif? Selon quelle loi humaine ou divine? Si ce n'est par une forme ou l'autre de conviction que rien ni personne n'a jamais démontré. J'accepte tout ce qu'on veut pour autant qu'il ne s'agisse pas d'un a priori dogmatique sensé régler la question d'un revers de la main. On peut toujours faire la pub de la vie, mais ça reste une pub, et si la vie a besoin de ça, c'est qu'elle ne va pas bien.
Soyons de bon compte: on pourrait voir dans un taux bancaire négatif un détaux positif, comme on appelle une croissance négative une décroissance positive, mais cela ne change en rien la réalité des choses. La beauté est belle et la laideur est moche. On m'excusera pour l'affreuse tautologie mais, même une tautologie reste une tautologie. C'est pas joli, ça n'apporte rien et on a toutes les raisons de s'en plaindre.
Je crains fort que le positivisme qu'on nous assène aujourd'hui soit un peu la méthode Coué d'un monde à la dérive, d'un système ou d'une idéologie qui est sur le point de sombrer. Cela ressemble à ces cartoons où le personnage continue à courir au-dessus du vide avant de se rendre compte de sa situation, moment précis où il tombe de haut. Bien sûr, il s'agit là de fiction, mais il aurait quand même mieux fait de s'arrêter avant la falaise. Ce que nous devrions faire aujourd'hui dans la réalité.
Se souvient-on où nous ont mené les positivismes du siècle dernier?
"L'internationale sauvera le genre humain". On applaudit à quatre mains cette volonté positive de sauvetage mais voyons le résultat. Des goulags sibériens, une guerre froide d'un demi siècle, deux guerres chaudes en Corée et au Vietnam. Et tout ça débouche sur quoi? sur l'international du capital et de la finance.
Autre exemple: "Deutschland uber alles", c'était très positif pour nos amis Teutons. "God mit Uns", "Dieu, le Bien avec nous", ça n'avait rien de négatif pour les copains d'Adolph et beaucoup y ont souscrit.
A l'inverse, imaginez: "Belgique en-dessous de tout" ou "le Diable avec nous". Il y a peu de chance qu'on déclenche une troisième guerre mondiale avec ce genre de slogan. Donc méfions-nous de la positivité. Et voyons aussi la positivité de la négativité.
Et, pour revenir au présent, ceux qui on entendu quelques réflexions de coaching contemporain, penseront comme moi que Goebbels n'est pas mort. De la propagande réactualisée, personnalisée et ciblée à l'ère de l'individualisation, merveille de l'auto-endoctrinement suggéré, ode à la néo-servitude volontaire, subliminale et sublimée. On me dira que certains se sentent mieux avec ces conseils éclairés et ces thérapies épanouissantes?... Oui sans doute, comme souvent; la foi soulève les montagnes comme les hymnes nationaux soulèvent les peuples. Les convictions portent les individus telles des béquilles comme les croyances supportent la misère du monde.
Je sais, ces propos s'apparentent à des élucubrations insensées. Suis-je proche de l'aliénation? Finirai-je comme Nietzsche un peu timbré en enlaçant le cou d'un cheval battu? Non! pas un cheval, c'est bête et ça ne sent pas bon. Une vache éventuellement mais si je peux choisir, ce sera un chat, bien qu'il ne soit pas facile de s'accrocher au cou d'un chat. Mais qu'importe, terminer quelque part, dans l'eau, dans le feu n'importe où, mais dans une négativité folle. Pourquoi pas? Est-ce mieux de finir sage et positif alzheimer au fond d'un lit?
A ce stade, comme toujours, la vraie question reste celle de la fin et des moyens, c'est-à-dire, comment clôturer cet article? Point n'est besoin d'être grand clerc et au final, quand on connaît le terminus, quand on voit l'issue du chemin, il faut être tout à fait barjot pour se dire que tout baigne et qu'on va vers du positif. Les vrais dingues ne sont pas toujours ceux qu'on pense.
Enfin, si je n'appartiens pas au troupeau des positivistes, la raison est peut-être à chercher dans les gènes. Par hasard ou non, mon groupe sanguin est A négatif, et bon sang! ne saurait mentir. Donc, en cas de transfusion, le positif ne me convient pas et sauf à vouloir m'envoyer en enfer il ne faut pas m'en donner. Cela vaut aussi pour ceux qui le serait envers et contre tout.
NDLR: Les lecteurs assidus penseront que Li Monde a un os à ronger avec le positivisme.
Ils n'ont pas tords et nous n'en sommes pas encore à la moelle.