Les grands dossiers de Li Monde
L'homme de demain: un spectacle esthétique dont nous n’avons pas encore pris la pleine conscience.
(Vue d'artiste mais l'auteur n'est pas celui qu'on voit.)
ETATS-UNIS. Au mois d’août dernier, nous avions dénoncé le deal passé par le cimentier Lafarge avec les jihadistes dans le but de pouvoir continuer ses activités minières en Syrie.
Or, voilà que cette même multinationale insupportable envisage à présent de vendre son butin de béton à Donald Trump pour la construction du mur anti-migrants.
Lafarge, la vache, se défend en prétendant qu’elle "ne veut pas faire de politique" et qu’elle est "prête à fournir ses matériaux de construction pour tous types de projets d'infrastructures aux États-Unis."
 
Incontestablement, il y a des moments où ne pas vouloir faire de politique, c’est en faire quand même et celui-ci en est un fameux. Lafarge semble ignorer que construire des murs entre les peuples ne sera jamais un ciment pour l’humanité, bien au contraire et que contribuer à l’incitation de la haine c’est pratiquer la pire politique qui soit.
Un ciment entre les hommes
Cimentier sans frontières
BELGIQUE. Le 15 mars dernier, les media nous apprenaient que l’avocat Olivier Martins, un  "ténor" du Barreau de Bruxelles était arrêté et inculpé pour complicité d’évasion.
D’abord, qui aurait pensé qu’il existait des Maîtres chanteurs classiques dans la magistrature belge?
Ensuite, le même jour, on apprend que Karin Gérard, la présidente de la cours d’assises qui s’était amoché la figure en 2016 suite à un faux pas éthylique aurait tout inventé de sa présumée agression pour expliquer sa bouille en bouillie. Cela fait déjà deux cas litigieux en 24 heures concernant nos chats fourrés et matois. Ce qui n’est pas peu pour un petit pays en surpopulation magistrale et carcérale, au point qu’on se demande si le ministre Di Antonio n’avait pas vu juste en préconisant la stérilisation obligatoire.
Enfin, on se rappellera la récente implication d’Armand De Traver dans l’affaire Chodiev pour conclure non sans raison que: mazette, notre belle justice part en couille. Elle est laminée. Car il s’agit là de trois pontes emblématiques des tribunaux sur lesquels les media se focalisent. Autant dire que nous ne voyons que la partie immergée du parquet, le gratin des finauds, la crème brûlée du Palais.
 
Alors, au regard de cette constatation, avec un peu de recul et sachant que tout est lié, on comprend mieux le geste symptomatique et prémonitoire observé dans notre campagne fin février, lorsqu’un malfrat de plus petite envergure tronçonna l’Arbre de la Justice à Sart-Messire-Guillaume. Certes, l’acte est regrettable mais la symbolique est diablement forte. Car s’il fut une époque moyenâgeuse où l’on y pendait des criminels, aujourd’hui les mêmes se retrouvent de part et d’autre des Barreaux.
Quelle belle métaphore que cet Arbre de la Justice guillotiné.
Notre justice décapitée
Boulevard du Palais
L’étude de l’Université d’Amsterdam sur la perte de l’ouïe induite par les musiques connectées et les écouteurs, ne manque pas d’intérêt non plus. Il semblerait qu’aujourd’hui déjà, à partir de 12 ans, on constate des dégâts irréversibles. Attendons encore 30 ou 40 ans pour apprécier pleinement les conséquences de ces si jolies oreillettes. Résultat probable, la surdité sera le lot de l’humanité. Mais, paradoxalement, on connait la propension des organes à se développer en situation de stress ou de difficulté. Il n’est donc pas impossible que, bien que n’entendant plus rien, on assiste à une hypertrophie des oreilles devenues sourdes. Celles-ci s’enracinant sur une tête réduite par involution du cerveau nous offrent un spectacle esthétique dont nous n’avons pas encore pris la pleine conscience.
 
Si nous descendons dans la physionomie humaine, il est certain que, pour vivre, l’homme devra encore respirer et se nourrir. Pour cela, les poumons et l’abdomen continueront leur office avec sans doute une dilatation de ce dernier comme le laisse suggérer la baisse des activités physiques engendrant le surpoids pathologique mais logique. En descendant encore d’un étage, on s’aperçoit que la reproduction étant assurée de plus en plus fréquemment par la fécondation in vitro et la PMA, l’appareil reproducteur risque de perdre sa pertinence et sa raison première, ce qui pourrait, à terme, compromettre sa pérennité.
Pour ce qui est des membres inférieurs, ils sont évidemment condamnés à disparaître. Les moyens de déplacements actuels ne favorisent plus leur utilisation, l’atrophie les guette pour cause d’inutilité. Hélas, comme la mémoire sera sur le déclin, il n’est pas sûr qu’on se rappellera l'époque de ces millions de touristes arrivant en voiture à l’aéroport et prenant l’avion pour aller s’allonger sur des transats au bord des flots bleus.
 
Pour peu, nous allions oublier les membres supérieurs. Au vu de ce qu’il advient du reste de l’homme on se demande actuellement quel sera le devenir des bras et des mains qui en sont l’aboutissement (des bras bien sûr). Dans la mesure où la plupart des pays légifèrent contre l’emploi de la fessée, les mains tout comme les pieds pourraient aussi disparaître faute d’exercice. A moins qu’en dernier recours, la nature tant ravagée par l’homme s’offrent enfin une petite revanche en l’affublant de deux mains gauches. Elle démontrerait par là son intelligence supérieure et son sens aigu de l’humour.
 

NDLR. Afin d'éviter tout favoritisme et toute interpretation sexiste de notre étude, nous précisons que dans les grandes lignes, la femme suivra la même évolution que l'homme. Mais comme elle a déjà eu sa journée le 8 mars, il convenait de rééquilibrer un peu les attentions médiatiques.
SCIENCE, INSOUCIANCE ET RUINE DE L'HOMME. Le printemps est-il la cause de ce phénomène récurrent, toujours est-il qu’on voit refleurir un peu partout des études et des articles aussi intéressants qu’inutiles dénonçant l’impact des technologies sur l’homme, ou plutôt, ce qu’il en reste. Nous avions rapporté ici même une étude de l’ULB sur la baisse des Qi et un reportage sur l’introduction des robots dans nos homes de vieux. Nous avions même tenté une petite analyse des objets de communication pour évaluer leur incidence sur les libertés humaines. Bref, c’est dans l’air du temps et une étude toute récente nous met en garde sur la dégénérescence des facultés auditives suite à l’utilisation des smartphones diffusant de la musiques par oreillettes.
 
Alors, sans attendre les élucubrations des chercheurs qui nous viennent au compte goutte et au hasard de leurs centres d’intérêts, nous pensons qu’il convenait d’anticiper les événements. Dans un souci de prospective globale, Li Monde a décidé de faire le point sur l’état des connaissances actuelles pour répondre à une seule et intrigante question: "que sera l’homme de demain?". Nous nous inscrivons ainsi dans une sorte de paléontologie du futur.
 
L'Homme et son statut d’être supérieur de la création obligent, nous commencerons par le haut: la tête.
On ne peut faire abstraction des connaissances acquises grâce à l’ULB et ses Qi en baisse. Les conclusions n’ont rien d’étonnant dans la mesure où, à force de déléguer ses facultés à des machines, ordinateurs, portables, etc…, on finit tout naturellement par les perdre. La mémoire humaine est la première concernée. Elle qui stockait et s’entrainait à retenir quantité de choses, à commencer par des numéros de téléphones ou des rendez-vous. Pour des opérations mentales que nous exercions implicitement autrefois, nous sortons maintenant la calculette électronique. Et comme en tout, le manque d’exercice est préjudiciable à la bonne fonctionnalité de l’organe concerné.
Donc, en ce qui concerne l’intelligence, nous allons la perdre progressivement. Mais au fond, n’est-ce pas ce que nous cherchons en développant l’intelligence artificielle? N’est-ce pas ce que nous voulons inconsciemment: nous débarrasser d’une faculté en la refilant à une entité extérieure? Mais prenons garde, en externalisant un service, comme partout, nous nous mettons dans l’impossibilité de pouvoir l’assumer. Bref, nous deviendrons encore plus cons à l’avenir, et le cerveau qui, jusqu’à présent, n’avait fait que grossir va se rabougrir bougrement et diminuer dramatiquement de volume. Jusqu’à quelle taille, s’interrogera-t-on à juste titre? C’est difficile à préciser mais sachant qu’à nos origines, lorsque nous n'étions qu'une amibe marine, la taille du cerveau n’excédait pas celle d’une tête d’épingle, et tant qu’on le peut encore, rien n’interdit de penser que nous retournerons à cette dimension initiale.
Que sera l’homme de demain?
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AVRIL 2017