Par ailleurs, quel parent n’a pas favorisé l’engagement de son enfant pour un job d’étudiant dans l’entreprise qui l’emploie? Et même l’entreprise en question donne priorité aux membres de la famille sans trop se soucier des capacités et des compétences du jobiste. Qui n’a pas aidé ou fut aidé pour une petite dissertation difficile ou un devoir problématique quand c’était nécessaire? Si le fait d’accorder des aides et des avantages à des proches, des connaissances ou des copains devient immoral, bonjour la générosité. Il est quand même tout naturel d’offrir un verre à ses amis plutôt qu’à ses ennemis. C’est en cela qu’on reconnaît les uns des autres. Donc, si on veut garder un peu de gentillesse et d’altruisme dans ce monde de brutes, il faudra admettre qu’on puisse aider ceux qu’on aime et qu’on favorise par préférence.
Peut-être que, pour faire un don, vous avez élu parmi d’autres une organisation humanitaire qui sélectionne elle aussi ceux qu’elle va secourir. Attention! car cette attitude pourrait être discriminatoire et conférer au favoritisme.
Si on fait un cadeau à quelqu’un sans intention de retour, si on aide une personne pour elle-même et non pour soi, c’est-à-dire, sans forme aucune de corruption, il ne peut pas y avoir de problème. Enfin, pour boucler la boucle, le cas Fillon qui engage ses deux enfants comme assistants ne me semble pas plus immoral que celui du PDG qui engage les siens pour le seconder, à condition que les compétences soient rencontrées et qu'il n'y ait pas de discrimination à l'embauche. Là où les choses dérapent, c’est quand les emplois deviennent fictifs. Dans ce cas, effectivement, il y a fraude et faute, mais c’est une situation qu’on rencontre aussi en entreprise.
Bon d’accord mais alors, quelle est la morale de tout ça?
Hé bien, sans doute qu’il convient de se méfier aussi de la moralité.
* Oui, je sais, le titre est un peu stupide mais il est dans la ligne de l’illustre Edgar Morin avec "La Nature de la nature ", "La Vie de la vie", "La Connaissance de la connaissance" et "l’Humanité de l’humanité"… grand penseur auquel on a rien reproché, pas même le fait d’avoir répété la répétition. Pourtant...
(1) En 1990, Jean Baudrillard, mon professeur préféré pondait un ouvrage intitulé: "La transparence du mal", à lire bien sûr. Il est décédé depuis lors mais je suis certain qu’aujourd’hui il récidiverait avec "Le mal de la transparence", à écrire, bien évidemment.